L’essaimage

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Quand la colonie se divise

L’essaimage est un phénomène qui force mon admiration. Il s’agit d’un ballet naturellement millimétré, où chacun à son rôle. Techniquement, il s’agit du processus de division de la population d’une ruche en deux.

L’essaimage se produit généralement à la saison favorable, lorsque les ressources sont nombreuses pour les abeilles. Une partie de la colonie restera dans la ruche – avec le couvain naissant, un tiers des ouvrières et une nouvelle reine prête à éclore – alors que l’autre partie – conduite par la Reine actuelle, dite vieille Reine – partira à la recherche d’un nouvel habitat.

L'essaimage

Les étapes d’un essaimage

Les abeilles préparent un essaimage durant une dizaine de jours, en construisant tout d’abord des cellules royales amenées à contenir de nouvelles reines.

La Reine-Mère pondra des œufs qui seront nourris par une énorme quantité de gelée royale (c’est ce qui distinguera ces œufs royaux d’un destin d’œufs d’abeilles ouvrières, qui ne sont pas elles nourries exclusivement à la gelée royale).

Une fois les œufs pondus, les abeilles qui nourrissent la Reine, vont diminuer son régime alimentaire afin d’induire une réduction de ses ovaires et lui permettre de pouvoir voler pour la 2e et dernière fois de sa  vie (la première fois étant son vol de fécondation).

Lorsqu’elles seront fin prêtes, les abeilles ouvrières donneront des petits coups de tête à la Reine actuelle, lui signalant ainsi l’essaimage imminent. Les ouvrières, devenues moins actives dans la ruche – qu’elles s’apprêtent à quitter – se gorgeront de réserves de miel, leurs glandes à cire se développeront et de petites plaques de cire apparaitront sur leur abdomen pour les préparer à construire de nouveaux rayons de cire dans leur future ruche.

Les abeilles-éclaireuses donneront alors le signal de départ lorsque le temps sera chaud et ensoleillé et que le début de la métamorphose des larves royales en chrysalides aura commencé.

C’est la vieille Reine qui quittera la ruche avec  l’essaim, juste avant la naissance des prétendantes au trône.

Les princesses (jeunes Reines non fécondées)se battront à mort pour sélectionner celle d’entre elle qui héritera de la ruche.

L’essaim est un nuage qui peut s’envoler à une vingtaine de mètres de haut. Il  se fixera alors à un objet quelconque (le plus souvent une branche, mais il peut s’accrocher à une habitation ou à du mobilier urbain) à quelques dizaines de mètres de la ruche qu’il vient de quitter.

Des abeilles-éclaireuses exécuteront la danse de l’essaim et une partie d’entre elles (5 % de l’essaim) quadrilleront une surface d’environ 70 km2 à la recherche du bon site pour établir la nouvelle colonie. Dans le cas où elles ne trouvent pas d’emplacement convenable, il peut arriver que l’essaim reste à l’endroit où il est accroché.

Une fois l’essaim définitivement fixé, les ouvrières bâtiront des cires, où elles ne tarderont pas à déposer du miel et où la reine commencera très vite à pondre, afin d’assurer le renouvellement des générations dès que possible.

Faut-il prévenir les essaimages?

Pas nécessairement. Un essaimage est un phénomène naturel.

Il faut toutefois l’encadrer, car il peut créer des difficultés de voisinage dans des milieux confinés comme dans les villes.

Pour qu’un essaimage reste un atout pour un apiculteur, il faut qu’il l’anticipe par une observation attentive de ses ruches, qu’il prépare la capture de l’essaim et la réussisse.

Comment les éviter?

1. Lorsque la récolte s’annonce, ne pas attendre pour poser des hausses.

Une hausse est un grenier à miel supplémentaire destiné à étendre

la surface de stockage des abeilles pour qu’elle ne soient pas frustrées par le manque de place dans la ruche. Les abeilles sont des travailleuses qui ne s’accordent aucun répit. Si on ne leur donne pas les moyens nécessaires, leur instinct les pousse alors à en trouver par elles-mêmes.

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2. Une ruche très populeuse dotée d’une vieille Reine essaime plus vite qu’une colonie disposant d’une jeune Reine. Il faut donc remérer (implanter une jeune Reine en supprimant la vieille Reine. oui, il s’agit bien de régicide) régulièrement.

3. Pour parer à l’essaimage avant qu’il ait lieu, l’apiculteur peut sinon pratiquer une division de sa ruche: il la sépare en deux groupes et implante une nouvelle Reine dans la ruche de départ.

4. Installer des pièges à essaims: les abeilles essaimeuses sont à la recherche d’un nouvel habitat plus spacieux pour continuer à développer la colonie. En leur offrant de nouveaux appartements clé en main (une ruchette – petite ruche de transition avant transfert dans une ruche classique – équipée de cadres neufs et  de cadres bâtis) il y a des chances pour que les abeilles éclaireuses – opportunistes – saisissent l’occasion.

5. S’équiper de ruches connectées: lorsque la colonie envoie les signaux annonçant un essaimage, les capteurs qui mesurent un ensemble de critères (chaleur interne, activité…) commandent au système de t’envoyer un SMS t’indiquant un risque imminent.

Quels sont les signaux d’un proche essaimage?

Quand il fait très chaud ou lorsqu’elles se préparent à essaimer, les abeilles en surpopulation à l’intérieur de la ruche n’arrivent plus à se rafraîchir. Elles se répandent alors au-dehors, en groupes, devant l’entrée et même sous la ruche, en s’attachant les unes aux autres par les pattes. On dit que les abeilles font la barbe.

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De même, la fabrication par les abeilles de cellules royales appelées à recevoir les larves des futures Princesses peut être un signal qui ne doit pas être négligé par l’apiculteur lors de ses visites aux ruches.

Que faire si un essaim vient se poser chez moi?

Pas d’inquiétude: les abeilles d’une colonie essaimeuse ne sont pas agressives car elles sont gavées de miel.

Il n’y a pas de danger, inutile donc d’appeler les Pompiers (qui ne se dérangent pas systématiquement pour déloger des insectes s’il n’y a pas de véritable danger. Ils le feront plus facilement dans le cas d’un nid de frelons, ou pour des serpents).

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Contacte plutôt un apiculteur de ta localité pour lui proposer de venir capturer l’essaim. Il sera ravi d’accroitre son cheptel gratuitement et tu en seras débarassé sans régler les services d’une société spécialisée. Tu seras sûr que les abeilles soient traitées délicatement et retrouvent un toit et des soins.

L’apiculteur de son coté t’offrira peut-être même un petit pot de miel pour te remercier et un “droit de visite” à tes petites protégées. Un échange gagnant-gagnant!

Pour t’aider, voici une liste non-exhaustive qui pourra se révéler utile dans l’urgence: liste d’apiculteurs par département

L’essaimage

Ce terme du vocabulaire apicole est passé dans le langage commun puisqu’aujourd’hui, on l’emploie pour exprimer l’idée d’une multiplication (voir mon article sur le Dîner en Blanc de Paris qui a essaimé à travers le Monde).

Retrouve le 21 juin mon article sur les 4 saisons en Apiculture: quelles sont les activités au rucher l’été?

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2 Commentaires "L’essaimage"

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Membre
les dum du bled
18 juin 2015 11 h 06 min
Article très intéressant… J’ai vécu l’an dernier l’arrivée d’abeilles d’une colonie essaimeuse en zone urbaine! C’est un spectacle impressionnant! J’ai contacté un apiculteur vivant près de chez moi. Il est… Plus
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