Nicolas Knepper

INTERVIEW

Interview de Nicolas Knepper

Photographe

Nicolas Knepper
© N. Kneppper

Pour la première interview réalisée pour le blog, j’ai le plaisir d’interroger Nicolas Knepper, photographe culinaire. Retenez bien ce nom. Vous ne verrez plus jamais vos desserts du même oeil.

Bonjour Nicolas. J’ai découvert ton travail sur Flickr par un heureux hasard. Tes photos sont hors-norme. J’ai été saisie par l’humour qui se dégage de ton travail. Il m’a fait sourire et m’a attendrie par sa délicatesse. J’ai pensé « voilà le David Lachapelle de la photo culinaire » – acidulé, tinté d’un petit esprit régressif et saupoudré de beaucoup de dérision.

Nicolas, es-tu un « sale gosse » gourmand, taquin et un rien sadique avec ses jouets?

Bonjour Charlotte. Durant mon enfance mes parents me répétaient en boucle « On ne joue pas avec la nourriture! ».

Maintenant que je suis un adulte, je peux libérer toutes mes pulsions. J’ai une équipe de mini-ouvriers qui bâtissent des pâtisseries ou des desserts et des mini-peintres qui réalisent les finitions dans les moindres détails. Une fois que leur œuvre est terminée, je prends un malin à plaisir à la trancher, l’écraser ou la brûler. Donc, oui, je suis définitivement un « sale gosse ».

En tant que photographe, comment te définis-tu?

Si tout le monde m’appelait « le David Lachapelle de la photo culinaire », je pourrais mourir en paix.

Je cherche avant tout à surprendre, faire sourire et à jouer avec nos petits travers. Dans cette série culinaire, j’ attire le regard avec des couleurs et des mises en scène qui paraissent enfantines au premier abord… mais en y regardant de plus près, certains sont surpris et demandent à leurs enfants d’aller voir ailleurs.

En règle générale, je n’aime pas trop le terme « grand public » et je suis un adepte de la dérision. Je n’aborde jamais de thèmes politiques, religieux ou de grandes causes, notre société s’en charge déjà très (trop ?) bien.

Dans mes références : Les photos d’ Helmut Newton ont déclenché ma passion : il reste élégant même dans la provocation. Dans le domaine culinaire, j’ai découvert il y a peu Christine H. McConnell et Fat & Furious : je trouve leur travail fabuleux.

Quel est ton parcours artistique?

À la base, j’ai une formation plutôt technique (Ecole des Arts et Industrie de Strasbourg) et j’ai toujours été fasciné par les domaines qui allient la technologie et l’artistique. La photo en fait partie.

J’ai travaillé durant quatre ans chez un éditeur de jeu vidéo où j’ai trouvé aussi cette alchimie.

Pour la photo, J’ai d’abord commencé par le portrait mais au bout d’un certain temps je me suis senti bridé par la réalisation : pour les mises en scène, il faut du (gros) matériel, des modèles, trouver le bon endroit au bon moment…. beaucoup plus tard j’ai été amené à faire des photos culinaires pour Elisabeth Biscarrat (la gagnante de l’Emission Masterchef en 2011), avec dans l’idée de faire quelque chose de décalé. Avec ces mises en scène, les contraintes techniques sont différentes mais ne limitent jamais la créativité.

Tu as réalisé trois séries aux noms évocateurs: « Little pleasure », « Boys in the Food », « Hollyfood ». Les thèmes sont différents mais ces photos ne sont pas sans me rappeler la campagne réalisée par le couple Guzman pour Kookaï dans les années 90. Tes photos mettent en scène des hommes travailleurs et virils, des femmes séductrices, des couples romantiques, des super-héros… Quelles histoires souhaitais-tu nous raconter?

Oui, je me souviens très bien de cette campagne de pub, mais la première fois que j’ai découvert ces mises en scène avec de petits personnages, c’était grâce à Allan Tegerdans dans les années 80 et ils étaient posés sur des corps de femmes nues ! Aujourd’hui, de nombreux autres photographes réalisent ce type de mises en scène dans tous les domaines avec chacun leur propre style.

De mon côté, tout a commencé avec la série « Boys in the food » : dans le monde culinaire, on met souvent en opposition le côté artisanal et le côté industriel. Je trouvais intéressant de réaliser des scènes industrielles miniatures autour de pâtisseries résolument artisanales. Certaines créations culinaires sont devenues si minutieuses aujourd’hui, que ces scènes en deviennent presque réalistes.

Dans « Little pleasure » je joue plus sur la gourmandise et la séduction. La pâtisserie souffre encore aujourd’hui de ce que j’appelle le syndrome Bree Van de Kamp : Un monde parfait et coloré où tout est douceur et raffinement. Donc, forcément, en tant que sale gosse, j’ai voulu créer un décalage en y apposant des scènes un brin décalées : des stripteaseuses, des fêtes d’anniversaires qui dérapent ou des maris un peu trop voyeurs sur une plage.

Interview de Nicolas Knepper
Mon précieux Donut © N. Knepper

Et finalement, je travaille de plus en plus sur la série « Hollyfood » : C’est une des séries qui me plait le plus car je peux vraiment y raconter des histoires. Je m’amuse vraiment à créer des références à des films ou à des séries. Au départ, ce n’était pas forcément évident de lier le monde de la pâtisserie à celui du cinéma, mais finalement j’ai presque 40 mises en scène à réaliser encore… et il y aura vraiment de tout !

Peut-on attendre un 4e tome de vos « récits »?

Pas pour le moment : J’ai encore beaucoup d’idées dans chacune des trois séries. Cela va m’occuper encore pour un bon bout de temps. Mais d’autres projets me trottent en tête, dans le culinaire ou non.

À la fin, seront-ils-heureux-et-auront-ils-beaucoup-d’enfants, ou les petits hommes verts finiront-ils par envahir le monde?

Malheureusement, beaucoup finissent enterrés dans une galette des rois ou gisant dans une marée de coulis de fraise. Mais je ne suis pas un pessimiste pour autant : certains, plus chanceux, ont un coup de foudre sur un éclair.

Sans nous divulguer tous vos secrets, pourriez-vous nous décrire votre technique? Comment intégrez-vous vos personnages?

Tout est « réel » dans ces mises en scène : les desserts ou pâtisseries sont faits maison, ou achetés quand j’arrive au bout de mes compétences (qui sont quand même assez limitées).

Les figurines viennent pour la plus part du monde du modélisme ferroviaire ou de magasins de jouets du bout du monde (Japon, US) et je ne fais pas de montages numériques. Uniquement du post traitement basique et du nettoyage (supprimer des miettes ou corriger des petits défauts de fabrication des figurines).

J’apporte beaucoup de soin à créer des ambiances particulières notamment en travaillant la lumière que je façonne à l’aide de différentes sources.

Chaque photo est différente, et j’apprends toujours quelque chose de nouveau en fonction des défis que je m’impose. Pour l’éclairage ou les décors, je construits souvent mes propres systèmes mais pour les plus périlleux je fais appel à « la fabrique » à Strasbourg. Il faut être vraiment patient et méticuleux pour ce type de photo. Généralement, les gâteaux ne sont pas très stables et n’aiment pas trop rester longtemps à l’air libre. J’ai quelques crises de nerfs à mon actif!

Whoops! It looks like you forgot to specify your html tag. As-tu la chance de vivre de ta passion ou est-ce une partie seulement de ton activité professionnelle?

Pour le moment, c’est une partie de mon activité mais les choses pourraient bien changer avant la fin de l’année.

Quels sont tes projets pour les mois à venir?

J’ai encore de nombreuses mises en scène à réaliser.

Je n’ai commencé à exposer les premières au public que depuis le mois d’octobre dernier, et je vais continuer à la faire principalement à Strasbourg pour le moment qui est par chance une ville très dynamique pour tout ce qui est culturel.

Je réalise aussi des projets sur commande comme une série autour du vin qui va partir en Argentine.

Si je te demandais de choisir une des photos culinaires publiées sur mon blog et de lui donner vie. Accepterais-tu ce petit challenge?

Je ne savais pas qu’on pouvait puncher un gâteau : donc je vais choisir le Baba au Rhum !

Magnifique. Un grand Merci Nicolas pour toutes ces réponses et pour avoir partagé avec nous ton quotidien de créateur inspiré.

Nous retrouverons donc courant avril sur ce même blog le résultat de cet petit challenge; le baba au rhum selon Nicolas Knepper en exclusivité mondiale !! Un RDV à ne pas rater…


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1 Commentaire(s)
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sdh
sdh
3 mars 2015 10 h 51 min

Merci à ce photographe de nous avoir fait partager son univers. De très bonnes idées !

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